La mirifique aventure de Jean de l'Ours

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La fabuleuse et mirifique histoire de Jean de l’Ours et de Pyrène

D’après différentes légendes pyrénéennes et languedociennes – mises en forme pour être racontée utilement à tous les enfants, petits et grands, du berceau au fauteuil des vieux jours

 par Dominique Achard

 

Bonnes gens et chers enfants bonsoir !

Connaissez-vous l’histoire étrange et véridique de Jean de l’ours ? Elle se passait aux temps qui suivirent de peu le triste moment où Hercule quitta les montagnes qui marquent la frontière entre les deux pans de la Catalogne.

Au plus profond des forêts haut-perchées vivaient une belle jeune fille nommée Pyrène. Elle était pauvrette mais heureuse avec ses parents et tous ses amis du village niché au creux d’un vallon bien ensoleillé mais froid en hiver.

Afin de chauffer la maison, par un bel après-midi, elle coupait du bois dans la forêt lorsque qu’un Ours énorme et tout brun de poil survint, l’enleva et l’emporta au fond de sa grotte. Après quelques mois, la jeune femme  mit au monde un garçon qu’elle nomma Jean. A mesure qu’il grandissait, Jean devenait plus fort, beaucoup plus fort que n’importe quel garçon du même âge.

Un jour, l’ours étant parti chercher pitance en prévision de l’hiver à venir et donc de l’hibernation, il dit à sa mère :

-      " Gentille Maman, je suis grand maintenant, j’ai sept ans et suis capable de lever la pierre qui ferme la grotte. Veux-tu que je  la pousse et que nous partions ? "

-      «  Oui mon petit Jean, patientons et dès que l’occasion se présentera nous fuirons et retournerons au village. »

A quelque temps de là,  l’Ours sorti, comme à son habitude. Il faut vous dire qu’il était très impressionnant mais d’une grande gentillesse et que jamais il ne leur fit le moindre mal. Bien au contraire il ne manquait jamais de rapporter à sa belle captive de jolies fleurs et pour son enfant des baies juteuses ou des champignons savoureux.

 

Mais ce jour là l’occasion était trop belle, aussi Jean leva-t-il la pierre et tous deux s’enfuirent à travers les bois et les pierriers, dévalant les pentes  et les prairies jusqu’à leur maison.

Heureux ils le furent bien longtemps quoique leurs voisins les boudèrent un peu, à la fois  étonnés et effrayés de voir réapparaitre Pyrène flanqué d’un monstrueux et gigantesque garçon de 7 ans, plus grand et plus fort que n’importe quel forgeron du canton

Il faut vous imaginer à quoi ressemblait Jean de l’Ours.

Il mesurait à 7 ans deux fois la taille d’un homme adulte. Sa peau était brune et fort velue, d’un beau poil brun et soyeux, pas comme celui d’un sanglier, mais doux comme celui d’un petit ourson tout mignon.  Il avait les yeux clairs de sa Maman et toute sa bonté dans le regard. Sa tête était encadrée par une crinière imposante et qui descendait sur ses épaules en belles cascades. Jean n’était pas laid, au contraire, mais faisait peur par son apparence étrange et sa taille gigantesque.

 

 Quelques années passèrent sans que Jean eut de copains. Les enfants ne le craignant plus se moquaient de lui et il se retirait souvent en lisière de la foret ou près de la maison (car il ne pouvait plus y entrer tant il avait grandi) . Il restait là, triste et solitaire. Sa mère venait le consoler en lui apportant une brouette de tartes qu’elle lui confectionnait avec amour et trois tonnelets de cidre doux.

 

Jean devenait de plus en plus fort.

" Maman,  laisse-moi partir à travers le monde.  Je veux apprendre , voir et devenir riche ! ".

" Va donc, pauvret, gentil  petit Jean, va ! Mais reviens bien vite  dès que possible auprès de ta pauvre mère car le temps m’est compté, plus qu’à toi ! »

Et Jean de l’Ours, à la fois tristounet et guilleret partit.

Après quelques lieues de marche, il vît venir sur le chemin un homme qui portait une meule sur les épaules.

Où vas-tu ainsi compère, avec ce poids sur l’échine ! "

" Je m’en vais courir le monde, pardi ! et toi ? "

" Moi aussi, et si tu veux, Porte Meule, nous irons courir le monde tous les deux ".

Un peu plus loin, un peu plus tard, ils rencontrèrent un homme grand et fort qui portait un canon sur l’épaule.

"  où vas-tu, compère ? " lui demandèrent-ils

" Je vais dans le vaste monde. Et vous autres, les benêts, où allez vous donc? "

" Nous aussi ! Veux-tu venir avec nous ? Ensemble nous serons grands et forts et nul n’osera se moquer de  nous ".

Et ainsi nos trois compères allèrent-ils de concert,  tous trois, comme un seul homme, non ! Comme trois bons  géants !.

 

A la nuit tombée, ils arrivèrent en un fier château fort flanqué de grande tours. Ils appelèrent, frappèrent.

Personne.

Ils franchirent le seuil et parcoururent  sept grandes pièces plus belles les unes que les autres sans rencontrer personne.

Mes compagnons d’aventure, restons ici quelques temps et si le châtelain arrive, nous nous expliquerons avec lui " dit Jean de l’Ours. " Porte Meule, demain, nous nous lèverons de grand matin pour aller chasser. Quant à toi, Porte-Canon,  tu feras la cuisine. "

Le lendemain, Porte-Canon commença sa cuisine. Tout à coup, sans bruit,  se retournant il vit devant lui un petit vieillard tout noir  qui lui dit :

" Veux-tu bien me laisser me réchauffer au coin de l’âtre et dans toute cette bonne odeur de cuisine, j’ai très froid ! "

Le vieux bonhomme s’assit et Porte-Canon se baissa pour mettre du bois dans la grande cheminée.

Alors, on ne sait pourquoi, le petit vieillard prit une grosse buche de bois de chêne et le frappa si fort qu’il le laissa là plus mort  que vif.

 

Quand les deux autres compères revinrent de chasse, ils trouvèrent Porte-Canon gisant inanimé sur le sol. Ils l’éveillèrent et lui firent boire de l’eau de vie.

Mais ouvrant les yeux, il n’osa pas raconter sa mésaventure étrange. Ils en conclurent qu’il avait dû glisser et se fracasser le crâne sur le banc voisin.

Le jour suivant, les chasseurs partirent à leur tour, laissant Porte-Meule en cuisine.

Tout à coup, et sans que la porte ait bougé, il vit face à lui un petit vieillard tout noir qui lui demanda une place auprès du feu pour réchauffer ses vieux os.

 

A leur retour Jean de l’Ours et Porte-Canon trouvèrent Porte-Meule blessé, comme l’avait été Porte-Canon. Il ne voulut pas dire aux autres qu’il s’était fait roulé par un inoffensif petit vieillard.

" Demain, c’est moi qui prendrai la garde " leur dit Jean de l’Ours.

Le lendemain matin, dans les mêmes circonstances, alors que Jean faisait le ménage et s’apprêtait à cuisiner , il lui sembla qu’un serpent le mordait dans le dos. Il se retourna vivement et vit devant lui le petit vieillard tout noir.

" Tiens se dit Jean de l’Ours, voila bien le sournois, celui-ci entre sans qu’on entende la porte s’ouvrir ! "

Il scruta le vieillard et vit aussitôt dans ses yeux une lueur diabolique. Alors il comprit tout. Il saisit un arbre en guise de gourdin et, tape que tu taperas, frappa si fort le bonhomme roublard qu’il finit par  s’enfuir jusque dans un grand puits au fond du jardin où il se jeta tout de go ! Quand les chasseurs rentrèrent, ils découvrirent, stupéfaits, Jean de l’Ours balayant le seuil et qui avait dressé le repas.

" Vous m’aviez caché que c’était le faux petit vieux tout noir, le bastonneur bastonnant et sournois qui nous avait vilainement rossé! Dînons vite et allons visiter ce puits là-bas où il a trouvé refuge "

Honteux, les deux compères mangèrent sans lever la tête et Jean leur dit :

" Prenons une grosse corde et descendons dans le puits l’un après l’autre. Moi le premier, je vous attendrai en bas".

Jean de l’Ours passa le premier la margelle et soutenus par ses compagnons arriva au fond. Toutefois, Porte-Meule et Porte-Canon se dérobèrent, refusant de descendre à leur tour. Alors, Jean leur demanda de tenir la corde et d’attendre son retour. Jean traversa sept salles puis il arriva devant une grande porte de chêne massif,  ferrée et fermée. Il la poussa, la défonça même en l’effleurant à peine.

 

Derrière cette porte, il trouva trois belles, merveilleuses princesses

" Oh Malheureux et bon géant ! dirent-elles, nous sommes prisonnières d’un vilain sorcier tout noir et jamais vous ne pourrez ressortir d’ici ! Même si vous êtes fort et votre crinière belle comme celle d’un ours de nos montagnes, il fera de vous son jouet"

" Je n’ai pas peur du sorcier, s’exclama, fâché,  Jean de l’Ours, je l’ai bastonné de tant de coups qu’il nous laissera le temps de sortir d’ici ! ".

Et il conduisit les trois princesses jusqu’à la corde du puits. Chacune à son tour pu remonter mais quand ce fut le  tour de Jean, ses deux compagnons firent tout exprès tomber la corde et s’enfuirent avec les demoiselles.

Jean se demanda alors que faire ! A cet instant, venant des sept salles un grand aigle se mit à  tourner autour de Jean.

" Aigle, mon bel aigle, veux-tu m’enlever jusqu’à la terre sur tes ailes ! "

"  Ô géant j’accepte car mon maître est absent. Je veux bien monter avec toi jusqu’à la terre mais il faudra que tu me donnes de ta chair, beaucoup de chair ! " répondit l’animal fébuleux.

Jean de l’Ours se hissa sur le dos de l’aigle et ils se mirent à voler vers le ciel. Au milieu de la course, l’aigle se met à crier : " Car, Car, Car (ce qui veut dire dans la langue des aigles « de la viande, de la viande, de la viande ») ". Alors, sans hésiter, Jean prit son couteau et se tailla un morceau de cuisse qu’il tendit à l’aigle. Le vol reprit mais bientôt il recommença à ralentir et l’aigle réclama à nouveau de la viande. Une nouvelle fois Jean tailla un morceau de sa cuisse et le tendit à l’oiseau.

Ils arrivèrent enfin au jour et se lancèrent à la poursuite de Porte-Meule et Porte-Canon qui emportaient les princesses.

 Quand il les rattrapa Jean leur dit sans aucune méchanceté ni rancœur car Jean était la bonté même

" Je suis trop heureux pour vous punir et  je vous pardonne bien volontiers mais j’épouserai la plus belle des princesses ".

Ils s’en furent donc chacun de leur coté. Jean et la belle princesse prirent le chemin des montagnes, passèrent au village où le curé les maria. On lui dit aussi que l’ours, son père avait été tué par des chasseurs venus du nord et que sa mère s’en était retourné vivre à la grotte dans les montagnes.

Ils prirent donc le chemin des bois et comme sa cuisse le faisait souffrir, il arracha un peuplier dont il se fit une canne.

Trois corbeaux tournoyaient autour de la tête de Jean et il tentait de les chasser en faisant de grands moulinets avec son peuplier. Il avait réussit à en occire deux.

Tous trois, c'est-à-dire Jean de l’Ours, la belle princesse et le corbeau, arrivèrent enfin à la caverne.
Ils découvrirent au fond d’une salle,  une tombe fraîche avec une plaque de pierre qui mentionnait cet épitaphe : « Ci git Pyrène, fille de Bébryx le sage. Elle fut enlevée par le plus grand Ours de ces montagnes, une bête forte et douce qui lui donna un fils, le plus extraordinaire des fils, géant en tout, en force et en amour. La terre enfin l’a reprise et Jean trouvera repos et richesse en ces belles montagnes qu’on nommera pour toujours pyrénées»

Longtemps Jean de l’Ours pleura sa mère, puis il vécut heureux dans cette .vaste grotte aux deux entrées avec sa princesse.

Celle-ci lui donna une nombreuse descendance qui s’égaya dans toutes les directions.

A la fin des temps Jean resta seul , ; seul avec son corbeau qui ne cessait de tourner réclamant à la façon de l’aigle sa part de la chair du héros. Mais ce qu’il voulait c’était son œil.

Jean, fatigué, à la fin de sa longue, très longue vie, s’étendit dans la clairière après avoir planté son peuplier devant l’entrée de la grotte.
A ce moment le corbeau  cru pouvoir lui voler son œil. Mais les fées veillaient et prirent soin de refermer la prairie comme un livre qui abrita désormais sous un tapis d’herbe et de fleurs le sommeil éternel de Jean de l’Ours.

Il dort encore sous les rameaux immenses de son peuplier. Là les enfants viennent toujours pour essayer leur force en criant « Jean de l’Ours, Jean de l’Ours ! »

Mais il ne répond au creux de l’oreille que des tout-petits enfants , ceux là mêmes qui ont l’ouïe si fine et le regard si perçant qu’ils peuvent voir et entendre les fées et les animaux des légendes.

Jean de l’Ours alors leur dit ; « ris encore, petit enfant, ris toujours afin que je vive à jamais ! »

Les fées alors ouvrent en souriant ce grand livre de verdure où l’on peut lire les aventures merveilleuses du bon géant qui fut nommé parfois Gargan, qui ne fut pas un ogre mais un bon vivant dévorant la vie à pleines dents.

 

 

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