Le Joyeux Rabelais

Publié le par administrateur

In : Le Gard : périodique de liaison des originaires du Gard ( 80 du 01/09/1968)

 

 

 Le joyeux Rabelais, lorsqu’il faisait ses études théologiques dans la région d’Alès, fit un jour à un aubergiste alésien une farce qu’a relatée dernièrement notre confrère du Midi Libre. Rencontrant, aux portes de la ville, trois mendiants, Rabelais leur annonce qu’il leur faisait l’aumône d’un écu d’or, mais ne remit pas la pièce. Chacun des trois mendiants aveugles, heureux d’une pareille aubaine, s’empressa de descendre en ville à l’auberge du « Singe à Baptiste », tenue par un certain Nicole. Mais il ne se soucièrent pas de connaître lequel d’entre eux possédait l’écu d’or. Nos trois compères firent un repas pour le moins pantagruélique, servi comme pour des chevaliers, nous précise la légende. Ces agapes se déroulèrent sous l’œil paternel et enjoué de Rabelais, qui les avait suivis et les surveillait sans bruit, afin de jouir de sa plaisanterie. Bien entendu, au moment de régler l’addition, il s’ensuivit une scène du plus haut comique lorsque nos mendiants s’aperçurent qu’ils avaient été joués. L’aubergiste Nicole ne voulut rien entendre et parla de bastonnade. A ce moment-là, Rabelais intervint et promit de régler la note des trois aveugles qui s’enfuirent sans demander leur reste. Toutefois, le joyeux curé ne laissa pas s’achever cette histoire sans rire aux dépens de Nicole et lui raconta qu’il lui paierait non pas les deux livres dues par les festoyeurs en guenilles, mais six. Ravi, Nicole accepta, bien que Rabelais lui demandât de se faire régler par le curé de la paroisse voisine. Le prêtre se laissa circonvenir par Rabelais, qui lui raconta que Nicole était un peu fou et que Satan le tourmentait. Il conclut en demandant au serviteur du Seigneur de procéder à l’exorcisme de l’aubergiste et, sur ce, disparut pour regagner sa cure. Fort de la parole de son hôte, Nicole se présenta au curé de la paroisse pour réclamer son dû. Mais le prêtre ne se laissa pas persuader par ce quémandeur et ordonna de se saisir de Nicole, fou de rage et du dépit d’avoir été roulé. Malgré ses protestations il subit la cérémonie et force « orémus » qui le calmèrent. A la fin de l’office, il était totalement calme, si bien que la foule crut à un miracle et au succès de l’exorcisme. Par la suite, Nicole bénéficia du respect de ses co-paroissiens qui virent en lui un saint homme et quelque temps après, reçut la somme qui lui était due. Rabelais aimait la plaisanterie et les mystifications , mais restait honnête. L’histoire ne nous dit pas si Nicole fut reconnaissant envers Rabelais de la sainte réputation qui lui avait été faite, à son corps défendant, il est vrai… L’amour-propre alésien sera peut-être flatté de songer que Rabelais laissa ainsi quelques traces de son passage dans la ville… et l’une des meilleures histoires qui soient !

 

article transmis par Valérie Serre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article