Rabelais Alchimiste?

Publié le par administrateur

On se souviendra des dates de Maître Alcofribas Nasier, autrement dit François Rabelais : naissance à La Devinière, près de Chinon entre 1483 et 1494 et mort à Paris le 9 avril 1553.
En 1532 parait le Pantagruel et de façon posthume en 1564 parait le cinquieme livre dont la paternité lui  fut longtemps contestée (jusqu'en 1994 avec la publication dans  La Pleïade, chez Gallimard.
Dans le même temps , en Suisse, à  Einsiedeln, près de Zürich,  nait Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim, dit Paracelse, né en 1493 ou 1494 . Il meurt  à Salzbourg en Autriche le 25 septembre 1541.

Voici deux esprits rebelles, contemporains, mystiques, médecins extraordinaires découvreures des secrets de la pensée et du corps humain et de leur relation avec le monde en ce que la Nature magnifie.
Voici sa devise : « Ne soit d'un autre qui peut être sien. Qu’il n’appartienne pas à autrui, celui qui peut s’appartenir à lui-même »

Dans cet article nous ne ferons qu'annoncer une suite d'autres, complets et reprenant des textes incontournables d'éminents chercheurs.

Nous mettrons, au fur et à mesure, en évidence le rôle extraordinaire que joua Rabelais , mais dans le même temps, Paracelse et d'autres, sur le plan de la quete de la perfection , de la transmutation des êtres (humains et autres) au travers d'une science complexe dont le grand Nicolas Lemery (1er traité de chymie en 1675) , incontesté fondateur de la chimie moderne fut issu: l'alchimie et sa paredre fondamentale : la spagyrie (pour faire simple : art d'alchimie appliquée à la médecine)

C'est donc dans ce climat particulier de la Renaissance que naquit cette pensée réformatrice, "agitée" ou non-soumise, parmi des hommes d'exception dans un temps d'exceptionoù prédomine l'humanisme. , entre le Moyen Age dominé par la religion et la notion de théocratie et le classicisme qui sera comme une gestation des temps modernes,

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C’est en fréquentant des sociétés telles Atlantis, les amis de Paul Le Cour, des écrivains  de l’envergure d’un Jacques d’Ares ou d’un Patrick Rivière, des groupes comme « les amis de René Bansard » où je rencontrais à Senlis le  regretté pianiste Georghi Cziffra, et à Bagnols…. de l’Orne, les excellents et incontournables Michel Pastoureau, Georges Bertin, Michel Le Bossé et l’irremplaçable Serge Hutin mais aussi l’écrivain décédé Pierre Carnac (Doru Todericiu), en me “frottant livresquement enfin à des génies tel Eugene Canseliet et Fulcanelli que, petit à petit” je me pris à regarder Rabelais et son géant Gargantua d’une autre façon.

Les érudits de Bagnols de l’Orne m’entrainèrent sur des sites réputés “gargantuesques” (Chateau de la Ganne, Chateau Gane etc...) et liés à des traditions aussi anciennes que les traditions celtiques et graaliques,  et à des traditions mithyco-historiques comme l’”affaire “ Ganelon, le fameux prétendu traite et beau père du paladin Roland, , neveu de Charles le Grand dit Charlemagne, empereur d’occident.

Tout un chemin “magique”, “mystique” semblait se tracer dans cette géographie sacrée à laquelle j’étais convié. D’innombrables routes se découvraient à ma connaissance, avec leurs croisements, leurs enchevètrements et leurs chemins de traverse.

Comme par hasard, chaque croisement était marqué d’une pierre fichée en terre , monumentale ou modeste pierre fitte, autrement dit Peulven ou plus improprement mais populairement nommée  menhir.

Ces aiguilles de pierre, monuments jouxta-initinéraires, semblaient avoir été posés là par d’invisibles géants ou plutot des géants oubliés, mais dont la présence était à jamais gravée dans la mémoire populaire, dans les contes et légendes, les mythes les plus variés.

Ainsi je ne pouvais plus ignorer que le bon curé de Meudon avec toute sa verve et son non conformisme, avait donné aux lecteurs de tous poils des clés : celles qui ouvrent la porte secrete de “l’entrée ouverte au palais fermé du Roi” comme le proposait Eyrénée Philalethe au XVIIe siècle.

Voici comment il commençait son traité :

 

Ayant pénétré, moi, Philalèthe, Philosophe anonyme, les arcanes de la médecine, de la chimie et de la physique, j'ai décidé de rédiger ce petit traité, l'an 1645 de la Rédemption du monde et le trente-troisième de mon âge, afin d'acquitter ce que je dois aux Fils de l'Art et pour tendre la main à ceux qui sont égarés dans le labyrinthe de l'erreur. Ainsi apparaîtra-t-il aux Adeptes que je suis leur pair et leur frère; quant à ceux qu'ont séduits les vains discours des sophistes, ils verront et recevront la lumière, grâce à laquelle ils reviendront à une voie plus sûre. Et je présage, en vérité, que nombre d'entre eux sont éclairés par mes travaux ».

 

Osons donc maintenant saisir ces fameuses et mystérieuses clés et ouvrant la porte de ce palais, pénétrons un peu les arcanes du sieur Rabelais…..engageons sur la Chaussée des Géants.

 

 

LA CHAUSSEE DES GEANTS

Ou comment suivre les chemins de Gargantua

 

Lorsque Rabelais reprend pour son abbaye de Thélème, la devise  augustinienne de « fay ce que voudra », il semble détourner franchement l’intention du théologien et toute sa théologie au profit d’une autre, toute libertaire et… disons-le, humaniste.

Non pas que Maître François considère que l’homme soit au centre du monde (thème  précis , base de la philosophie maçonnique) mais il soutient que l’homme est au centre de toute préoccupation sociale.(donc socio-centré) l’homme étant plus important que l’état, la raison d’état ou la cause cléricale !!! Mais il respecte l’idée que Dieu est au centre de l’univers.

Humaniste il se fait l’écho des philosophes antiques mais trouve en Erasme un maître en la matière.

Saint Augustin propose : « Aime et fais ce que voudras ! » (in - Traités sur l'Epître de Saint Jean aux Parthes, VII, 7-8)

Rabelais, fortement influencé par la pensée bénédictine, et de façon égale, offusqué par rigorisme souvent hypocrite de l’église, reprend donc cette maxime énoncée par le maître d’Hippone et en propose une lecture humaniste faite de tolérance, d’amour, d’intelligence, de joie et de liberté ; il le fait au travers de son débonnaire géant Gargantua.

Le gigantisme alors n’est plus seulement physique, il devient philosophique. Nous savons qu’au fur et à mesure que se déroulent les aventures de Gargantua et Pantagruel, leur taille diminue ou augmente. Elle est grandissime lors des exploits burlesques, paillards et de victuailles de nos héros et diminue, atteignant la taille de l’homme commun, lors des voyages et philosophiques réflexions.

C’est qu’à l’évidence Rabelais  offre à tous les avides lecteurs de ses cinq livres des clés en vue de comprendre le sens des principes de vie.

N’était-il pas médecin ? et, on le verra plus avant, adepte des voies philosophales.

Le géant est profondément inscrit dans la mémoire individuelle et collective. Il incarnait dans l’antiquité la force, la puissance divine, la perfection humaine transcendée. Atlas portait le monde, Hérakles le protégeait. Aux temps des celtes les géants combattaient aux côtés de certains hommes des ennemis  innombrables. Les géants enseignaient aux humains les sciences, les techniques, les arts et les lettres. Ils s’unissaient aux filles des hommes et pour ce faire prenaient taille humaine.

Ils enseignaient aussi les chemins étoilés, parsemant ces voies de pierres à leur mesure.

Girguint était fils de Belenos (équivalent à Apollon) et serait à l’origine du nom que Rabelais emprunta (à dessein) pour désigner son gigantissime et néanmoins solaire personnage.

Personnage qui diffuse pour les hommes la chaleur bienfaisante de la vie en son inestimable foisonnement mais aussi maître de guerre, guerre qui ne peut être selon les conceptions humanistes de Rabelais que défensive, dernier recours.

A ce titre notons que tout le territoire est jonché de pierres et de lieux dédiés à Gargantua.

Citons seulement les mémoires gardoises :

 

 

dans le Gard (30) :
- on pouvait voir, aux environs d'Aigues-Mortes une Tour Gargantua qu'il était prudent d'éviter la nuit si l'on ne voulait pas être happé par un bras gigantesque.
- Gargantua laisse un gravier près d'Aramon.
- au roc d'Esparon (Bez-et-Esparon), Gargantua boit à l'Arre, et avale un char, les boeufs et le bouvier.
- on peut voir à Colognac les boules (pierres rondes) que Gargantua a laissées pour aller se désaltérer au Vidourle, alors qu'il jouait dans la plaine de Mandiargues. Il boit à Saint-Roman-de-Codières,un pied sur la Vezado (ou sur le pic de Loumbrier, ou sur la Cayrel), et l'autre sur la Fage, et avale du même coup un âne et son ânier.
- le pied de Gargantua est imprimé dans la roche à Saint-Geniès.

- Gargantua enjambe le Rhône au confluent de la Durance.
- Gargantua boit au confluent du Vis et de la Virenque, un pied sur le Tibelet, l'autre sur l'Esperelle.

 

In  http://www.mythofrancaise.asso.fr/mythes/figures/GAlocal.htm

 

 

Mais interrogeons nous sur ces fameuses pierres levées qui jalonnent les chemins gaulois, traçant ainsi cette chaussée des géants.

Si l’archéologie nous propose que ces pierres levées purent être destinées à des rites funéraires, d’autres astrologiques et solaires, d’autres enfin à des cultes et des systemes de “bornages” de carrefour, nous pouvons aussi nous plonger dans la mystique celtique et le légendaire.

La pierre fitte, menhir ou peulven est un pieux de pierre. D’après Paul Le Cour, Phileas Lebesque et tant d’autres érudits, l’omphalos des Celtes est un menhir, un pivot, le centre du microcosme humain (ce qui nous ramène à la pensée humaniste rabelaisienne que nous évoquions plus haut) Il est le symbole du Grand Druide, l’axe du monde, et selon César (in la guerre des Gaules) s’apparente au dieu Lug (Mercure).

Ombilic, centre du monde, axe, l’omphalos ne cesse d’être présent dans toutes les civilisations antiques et toujours manifesté par une pierre.

Le patriarche Jacob pose sa tête sur une pierre dans le désert et fait un songe. Il  voit une échelle qui monte au ciel. A son réveil il oint d’huile cette pierre qui devient sacrée et s’écrie “terribilis est locus iste!”  (terrible est ce lieu! Ce n’est rien moins qu’une maison de Dieu et la porte du ciel )(Gen. 18-10) Cette pierre est appelée Beth-El (Béthyle) la Maison-Dieu (Casa Dei, Chaise-Dieu)

Dans la tradition juive cette pierre est appelée “Even Chtya”, « Elle se situe au nombril du monde, là où il commença à se former. C’est là qu’est édifié le Saint des Saints au Temple de Jérusalem , (rabbi Elihézer) Le prophète Samuel et le Roi David y déposèrent  l’Arche d’Alliance.

Rabelais, pour tracer un filigranne mystique et traditionnel, presqu’invisible, en ses fabuleuses aventures, avait-il eu connaissance de toutes ces assertions dont nous faisons part ici ? Certes oui ! A n’en pas douter ! Car plus érudit que ce bon curé, l’Europe d’alors en comptait peu. Il fréquenta les milieux universitaires  à Montpellier et ailleurs, les milieux ecclésiastiques monastiques et romains, côtoyant aussi Jean Du Bellay son protecteur et tant d’autres, pétri de lectures anciennes et des philosophes et écrivains de Grèce et de Rome, et  vivant de concert avec les milieux maranes (juifs convertis) et juifs du sud de la France, il ne put faire l’impasse sur les enseignements des yéshivas locales

Gargantua est un bon géant, un demi-dieu antique, messager qui ne cesse de nous indiquer le chemin qui mène à la liberté et, perdant de ses poches quelque pierre, ou otant de sa chaussure une “gravelle” un gravier, marque ainsi les lieux de contact entre ce monde.... et l’autre!

Le long de cette échelle vont et viennent les anges, les messagers.

 

 A SUIVRE....

 




Dominique Achard

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guerin 23/04/2010 17:45


votre blog m'interesse beaucoup
pouvez vous me dire si mon blog http://rabelaisladive.canalblog.com complète votre information


Pierre 15/04/2010 10:54


intéressant! Nous attendons la uite avec impatience